La plupart des devis ne perdent pas d'argent sur les matériaux — tout le monde sait compter un prix d'achat. Ils en perdent sur tout le reste : l'heure de main-d'œuvre sous-évaluée, les frais fixes oubliés, le trajet offert. Voici la méthode complète du coût de revient, celle qu'applique le moteur de calcul de Mettron, déroulée à la main avec un exemple chiffré que vous pouvez refaire ce soir.
Étape 1 — Le vrai prix d'une heure de travail
Le piège n° 1 : confondre salaire et coût. Prenons un salarié payé 2 000 € net par mois.
- Salaire brut : ≈ 2 560 € ; avec les cotisations patronales (~ 42 % du brut dans le cas général) : ≈ 3 640 € de coût employeur mensuel.
- Heures payées : 151,67 h/mois. Mais les heures facturables sont bien moindres : retirez congés et fériés (~ 12 %), et surtout trajets, chargement, devis, SAV, administratif (souvent 20 à 30 % du temps restant). Hypothèse réaliste : ≈ 105 h facturables/mois.
- Coût horaire réel : 3 640 € ÷ 105 h ≈ 34,70 €/h — plus du double du « 15 €/h » que le net laisse croire. Pour un indépendant, le raisonnement est identique : votre rémunération cible chargée, divisée par vos heures facturables.
Étape 2 — Les frais fixes, amortis sur chaque heure
Votre entreprise coûte de l'argent même quand vous dormez. Listez tout, à l'année :
| Poste (exemple TPE 1-2 personnes) | € / an |
|---|---|
| Véhicule utilitaire (crédit/LOA, entretien, pneus) | 6 000 |
| Carburant | 3 000 |
| Assurances : décennale + RC pro + véhicule | 3 500 |
| Local / stockage | 2 400 |
| Outillage, renouvellement, consommables d'atelier | 2 500 |
| Téléphone, logiciels, site, comptable, banque | 2 600 |
| Divers (formation, vêtements, imprévus) | 1 000 |
| Total frais fixes | 21 000 |
Rapportés aux heures facturables annuelles (105 h × 11 mois ≈ 1 155 h) : ≈ 18,20 €/h de frais fixes. Chaque heure vendue doit porter sa part — sinon c'est votre salaire qui la paie.
Étape 3 — Le coût de revient du chantier
Exemple : pose d'une clôture rigide de 20 m, 2 personnes, 1 journée (14 h de main-d'œuvre au total).
| Poste | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Fournitures (panneaux, poteaux, béton) | prix d'achat réel + 5 % de casse/chutes | 1 260 € |
| Main-d'œuvre chargée | 14 h × 34,70 € | 486 € |
| Quote-part de frais fixes | 14 h × 18,20 € | 255 € |
| Frais variables du chantier | déplacement, location mini-pelle ½ j, évacuation | 180 € |
| Coût de revient complet | 2 181 € |
Étape 4 — La marge, décidée (et non subie)
C'est seulement maintenant que la marge a un sens. Avec un objectif de 15 % de marge nette sur le coût complet : prix de vente HT = 2 181 € ÷ (1 − 0,15) ≈ 2 565 € HT. Vous pouvez décider 10 % pour un client fidèle ou 25 % pour un chantier pénible — mais vous le décidez, en voyant la conséquence en euros. À l'inverse, si le marché « impose » 2 300 €, vous savez immédiatement que votre marge tombe à 5 % : accepter devient un choix éclairé, pas une surprise de fin d'année.
Ce que Mettron fait de cette méthode
Questions fréquentes
Quel est le vrai coût d'une heure de main-d'œuvre ?
Le salaire net ne suffit pas : il faut le salaire brut chargé (cotisations patronales comprises), rapporté aux heures réellement facturables — en retirant congés, jours fériés, formation, devis, trajets et administratif. Une heure payée 15 € net coûte couramment 28 à 35 € en coût complet facturable.
Quelle marge appliquer sur un devis d'artisan ?
Il n'existe pas de taux universel : la marge se fixe après avoir calculé le coût de revient complet (matières + main-d'œuvre chargée + quote-part de frais fixes + frais variables du chantier). Une marge nette de 10 à 20 % sur le coût complet est un ordre de grandeur courant dans l'artisanat — mais elle se décide chantier par chantier, en connaissance de cause.
Pourquoi mes devis « rentables » ne le sont-ils pas en fin d'année ?
Presque toujours parce que les frais fixes (véhicule, assurances décennale et RC, local, outillage, logiciels, comptable) n'ont pas été répartis sur les heures facturables, ou parce que les heures non facturables (trajets, devis, SAV) n'ont pas été comptées. Le chantier couvre alors les matières et le salaire, mais pas l'entreprise.